Le Japon et la Corée du Sud observent le sommet Trump-Xi à travers Taïwan, la Corée du Nord et Ormuz (2/4)
- il y a 3 heures
- 4 min de lecture


Par Ahmed Fathi
New York: Le sommet prévu à Pékin entre le président américain Donald Trump et le président chinois Xi Jinping sera suivi de très près à Tokyo et à Séoul. Pour le Japon et la Corée du Sud, cette rencontre ne concerne pas seulement la Chine. Elle concerne aussi Taïwan, la Corée du Nord, la sécurité énergétique et l’avenir du système d’alliances américain dans l’Indo-Pacifique.
Les deux pays souhaitent que les tensions entre Washington et Pékin soient maîtrisées. Ni Tokyo ni Séoul ne veulent d’une crise ouverte entre les deux plus grandes puissances du monde. Mais tous deux chercheront des signes indiquant que la stabilité avec Pékin n’est pas achetée au prix d’un langage plus flou sur Taïwan, d’une pression affaiblie sur la Corée du Nord ou d’une incertitude sur les engagements américains.
La première préoccupation du Japon est Taïwan. Une crise dans le détroit affecterait le territoire japonais, les bases américaines au Japon, les voies maritimes et la mer de Chine orientale. Tokyo soutient publiquement des relations stables entre les États-Unis et la Chine, mais le véritable test sera de savoir si Washington maintient une dissuasion claire et informe pleinement ses alliés.
La lecture chinoise est différente. Pékin présente le sommet comme une occasion de stabiliser la relation, mais continue de traiter Taïwan comme une question centrale de souveraineté. Pour le Japon, chaque mot des communiqués américain et chinois comptera. Une formule vague à Pékin peut devenir une préoccupation sécuritaire à Tokyo.
La Corée du Sud, elle, lit le sommet à travers la Corée du Nord. Séoul dépend de son alliance avec les États-Unis, commerce massivement avec la Chine et fait face à un voisin nucléaire dont la position se durcit. Pyongyang s’est encore éloigné de toute véritable voie de dénucléarisation, tout en présentant la coopération entre les États-Unis, le Japon et la Corée du Sud comme un bloc militaire hostile.
Toute discussion entre Trump et Xi sur la péninsule coréenne sera donc sensible. Si Trump cherche l’aide de la Chine sur la Corée du Nord, Séoul voudra connaître le prix demandé. Elle voudra aussi éviter d’être marginalisée par un nouveau canal direct entre dirigeants qui la traiterait comme spectatrice de sa propre sécurité.
Puis vient Ormuz.
Le Japon et la Corée du Sud sont des économies industrielles avancées, mais elles ont une vulnérabilité simple : une grande partie de leur énergie vient du Golfe. Le Japon dépend du Moyen-Orient pour environ 95 % de ses approvisionnements pétroliers, et près de 70 % de ses importations de pétrole passent normalement par le détroit d’Ormuz. La Corée du Sud est également exposée. Selon l’Associated Press, plus de 60 % de ses importations de brut et environ la moitié de ses importations de naphta sont passées par Ormuz en 2025.
Cela fait de l’Iran une partie intégrante de l’équation nord-est asiatique. La Corée du Sud a récemment condamné une attaque contre un cargo exploité par HMM près du détroit d’Ormuz, tandis que Trump a pressé Séoul de soutenir les efforts menés par les États-Unis pour protéger les routes maritimes de la région, selon Reuters. Le Japon et les Émirats arabes unis ont également discuté d’un élargissement des approvisionnements pétroliers et de stocks conjoints de brut, alors que Tokyo cherche à réduire son exposition aux perturbations.
Ainsi, lorsque Trump discutera de l’Iran avec Xi, Tokyo et Séoul écouteront attentivement. La Chine entretient des liens avec Téhéran et possède d’importants intérêts énergétiques dans le Golfe. Si Pékin contribue à calmer la crise, le Japon et la Corée du Sud en bénéficieront. Mais si la Chine utilise son rôle pour obtenir des concessions ailleurs, le dossier moyen-oriental deviendra un problème indo-pacifique.
La question des alliances surplombe tout le reste.
Le Japon et la Corée du Sud ne sont pas des acteurs secondaires dans la stratégie américaine. Ils sont les piliers de la posture militaire des États-Unis en Asie du Nord-Est. Les forces américaines présentes dans les deux pays soutiennent la dissuasion face à la Chine et à la Corée du Nord, tout en permettant à Washington de projeter sa puissance dans l’ensemble de l’Indo-Pacifique.
La vision transactionnelle de Trump à l’égard des alliances a déjà rendu les alliés plus prudents. Tokyo et Séoul peuvent gérer les pressions visant à augmenter leurs dépenses de défense. Ce qu’ils peuvent difficilement gérer, c’est l’incertitude sur la question de savoir si Washington considère les alliances comme des engagements stratégiques de long terme ou comme des coûts négociables.
C’est pourquoi le meilleur résultat pour le Japon et la Corée du Sud ne serait pas spectaculaire. Il serait discipliné : un langage américain clair sur Taïwan, aucun affaiblissement de la dissuasion face à la Corée du Nord, des avancées concrètes pour maintenir Ormuz ouvert et l’assurance que les alliances restent au cœur de la stratégie américaine.
Le pire résultat est tout aussi clair : un sommet qui produit des titres à Washington et à Pékin, mais laisse les alliés des États-Unis se demander ce qui a été discrètement échangé.
Ceci est le deuxième article d’une série ATN consacrée aux enjeux mondiaux de la visite de Trump en Chine. Le premier portait sur Taïwan, l’Iran et la rivalité de puissance entre les États-Unis et la Chine. Les prochains articles examineront comment le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord lisent le sommet à travers l’Iran, le pétrole et le positionnement stratégique, ainsi que la manière dont l’Europe observe l’Ukraine, le commerce, l’OTAN et la politique à l’égard de la Chine.
Pour le Japon et la Corée du Sud, le sommet Trump-Xi n’est pas une seule histoire. Il en contient quatre : Taïwan, la Corée du Nord, Ormuz et l’avenir du système d’alliances américain dans l’Indo-Pacifique. Chacune peut ébranler la région. Ensemble, elles expliquent pourquoi les alliés de l’Amérique écouteront attentivement non seulement ce que Trump dira à Xi, mais aussi ce qu’il leur dira après Pékin.
À propos de l’auteur : Ahmed Fathi est journaliste internationalement syndiqué, correspondant auprès des Nations Unies, analyste des affaires mondiales et commentateur des droits humains. Il écrit sur la diplomatie, le multilatéralisme, le pouvoir, les libertés publiques et les dynamiques politiques qui façonnent notre avenir mondial.
